L’autisme au travail


Claude Ursula Maulavé, membre de l'AFFA, présente la traduction de l'article "AUTISM IN THE WORKPLACE", écrit par Maura Campbell pour le magazine Spectrumwomen - 8 septembre 2016

La rédactrice retrace son parcours de femme autiste dans le monde du travail.

Article original : https://www.spectrumwomen.com/employment/autism-in-the-workplace-maura-campbell/

femme autiste, autisme au travail

 

Je suis née avec les aptitudes sociales d’un sachet de thé usé. Sérieusement, j’ai pensé que peut-être, les autres enfants , à l’école , avaient reçu un manuel de socialisation un jour où j’étais absente car malade ou quelque chose comme ça. Mais heureusement, j’ai appris au long des années à «donner le change», surtout par des tâtonnements (souvent maladroits) et en observant les gens. J’en suis à un stade où je peux très bien fonctionner socialement ; mais c’est au prix d’un très gros effort alors je me dois d’être sélective en ce qui concerne la façon et le moment où je vais utiliser mon énergie sociale.

Et j’ai réussi à mener une carrière intéressante et riche à cause de, pas “malgré” mon autisme. Je me suis épanouie dans le cadre très structuré et conformiste de la fonction publique , même si je me sens plus à mon aise dans la salle de réunion qu’au réveillon de Noël.

Bien que j’ai 49 ans, je n’ai été formellement diagnostiquée Asperger qu’il y a 5 ans, ce qui fait que la majeure partie de ma carrière s’est accomplie sans que je sache que j’étais dans le spectre autistique. Mais j’ai toujours su qu’il y avait quelque chose de “différent”. Quelque chose qui rendait la vie quotidienne étrangement difficile et vraiment épuisante tout en étant douée pour les études et raflant tous les prix d’excellence à l’école. Je me souviens précisément du jour où, à l’aube de la trentaine, je me suis sentie comme à un carrefour: soit je quittais mon travail et allais m’asseoir dans un coin (comme l’ont fait certains membres de ma famille) soit je me disais “accroche-toi, bouton d’or!” J’ai opté pour le second choix.

Mon principal défi dans le cadre du travail est d’ordre sensoriel bien que le seul aménagement, raisonnable, que j’ai demandé a été un halogène. Je ne porte que des tissus qui ne m’irritent pas la peau et en coupe les étiquettes. Savoir pourquoi je me sens comme agressée par mon environnement parfois m’aide à trouver des parades pour mieux gérer la situation.

L’autre grand challenge est l’anxiété, alors que j’ai compris que le meilleur moyen de la gérer est de se focaliser sur un problème de travail - quitte à s’inquiéter, autant consacrer toute cette énergie nerveuse à quelque chose de constructif. Si stresser était un sport olympique, je remporterais la médaille d’or. Je suis l'Usain Bolt de l’inquiétude. Si vous êtes employeur et que vous recherchez un expert pour évaluer la sécurité ou les risques , vous pourriez faire un pire choix que d’embaucher un individu dans le spectre. Le repos, de l’exercice et un régime alimentaire convenable aident aussi.

Quand j’ai été diagnostiquée, je suis tout de suite sortie du placard. Pour être honnête, il ne m’a pas semblé pouvoir en être autrement. Mais je sais qu’il y a plein d’adultes qui choisissent de ne pas révéler leur trouble autistique et leur décision doit être tout autant respectée. C’est une décision intimement personnelle.

La première fois que j’en ai parlé à mes collègues de travail, l’un d’eux m’a demandé pourquoi je voulais mettre la terre entière au courant. Pour moi, il existe quelques raisons.

Premièrement, je vois l’autisme comme un ensemble de différences neurologiques, pas comme quelque chose qui me rendrait défectueuse. Je suis juste comme un Mac dans un monde de PC. Je suis peut-être née avec une application ou deux en moins mais j’ai su développer de bonnes parades sans compter mes propres applications supplémentaires que d’autres systèmes fonctionnels n’ont pas. J’en suis à un stade de ma carrière où je n’ai plus à faire mes preuves et si quelqu’un me pense moins qualifiée parce qu’Aspie, c’est son problème.

Deuxièmement, j’étais très contente de l’occasion qui m’est donnée de contester certains mythes et idées reçues qui perdurent sur l’autisme. Le portrait qu’en brossent les médias a tendance à être très stéréotypé. Et les stéréotypes mènent au préjudice, et le préjudice lui-même à la discrimination.

Alors que notre autisme démontre des difficultés évidentes rencontrées par ceux dans le spectre , qui varieront selon leur nature et leur intensité d’un individu à l’autre - et je ne veux aucunement minimiser ces difficultés - je crois sincèrement qu’il existe aussi beaucoup de caractéristiques positives associées à l’autisme qui peuvent s’avérer bénéfiques au travail.

Nous sommes des penseurs indépendants. Nous ne nous sentons pas contraints par le cadre conventionnel et sommes moins attirés par la réflexion en groupe.

Nous sommes bons pour résoudre les problèmes. Nous nous y attardons jusqu’à ce que nous trouvions la solution, bien après que les autres s’en soient même désintéressés. Et nous pouvons être très créatifs.

Si nous disons que nous allons faire une chose, nous la faisons.

Nous ne perdons pas de temps en papotages et ragots au bureau - nous préférons nous atteler à notre tâche.

Beaucoup d’entre nous ont une pensée spatiale, comme en 3D, et peuvent traiter un problème et le résoudre dans leur tête. Nous pensons en arborescence et faisons des connexions que les autres ne voient pas.

Nous portons une attention particulière aux détails.

Nous sommes d’honnêtes travailleurs motivés par le désir de voir les choses bien faites. Nous ne perdons pas de temps à jouer le jeu politique du bureau.

Un autre trait de caractère commun que j’ai remarqué est un sens aigu de la justice. Un Aspi ne s’arrogera pas le crédit du travail d’autrui et se réjouira d’une bonne idée, peu importe de qui elle vient.

Tout bon leader ou manager sait qu’une équipe hétéroclite est une équipe forte. Y compter des personnes qui peuvent réfléchir en dehors du cadre - qui peuvent même redéfinir ce cadre - ne relève pas que de la responsabilité sociale et collective : c’est juste du bon sens des affaires.

Dans le passé, les employeurs voyaient le fait d’embaucher des autistes comme un acte de charité. Maintenant ils réalisent qu’il s’agit en fait d’une décision éclairée.

 

À propos de Maura Campbell

Maura Campbell, autisme au travail

Je suis manager senior de la fonction publique d’Irlande du Nord, j’y travaille depuis 28 ans et j’ai également siégé au conseil de Specialisterne d’Irlande du Nord pendant 2ans. Je suis mariée à Stephen et j’ai un fils de 9 ans prénommé Darragh. Nous vivons dans la région vallonnée de County Down. J’ai été diagnostiquée Syndrome d’Asperger en novembre 2011. J’ai réalisé être moi-même dans le spectre autistique peu après le diagnostic de TSA de mon fils, l’année précédente.

 

Article mis en forme par Nathalie Saillard - Pichon - 22 février 2019

www.pdf24.org    Send article as PDF   

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *