Autisme et état de stress post traumatique – Mise au point


Article rédigé par Magali Pignard et Marie Rabatel, trésorière et présidente de l'association.

L'autisme (ou troubles du spectre de l'autisme) un fonctionnement particulier du cerveau, notamment au niveau de la réception des informations, de leur traitement et de leur restitution. Ce fonctionnement cérébral, de type autistique donc, entraîne des difficultés de communication, de socialisation ; il est associé avec des troubles sensoriels troubles sensoriels. Il peut aussi entraîner des difficultés à exprimer et gérer ses émotions, prendre des décisions, fixer son attention, se focaliser sur les éléments pertinents parmi les informations à disposition. On observe souvent un timbre de la voix assez monocorde, un repli sur soi, une rigidité face aux changements, un besoin très fort de routines/rituels.

Une grande partie de ces comportements peuvent se retrouver également chez des personnes qui ne sont pas autistes mais qui ont vécu un ou plusieurs facteurs traumatiques entraînant un État de Stress Post Traumatique ESPT

Les symptômes de cet ESPT peuvent par exemple être : le retrait social, une hypervigilance (sursaut au moindre bruit), des troubles cognitifs (difficultés de concentration et d’attention) et une hyper-réactivité émotionnelle...

→ Ces comportements peuvent donc avoir plusieurs origines :  la personne a un fonctionnement cognitif autistique (elle est autiste), ou bien elle a un fonctionnement cognitif non autistique mais elle a ESPT, ou bien elle cumule un fonctionnement autistique et un ESPT (ce qui est très fréquent, un ESPT aggravant alors les symptômes dues à l'autisme ).

Exemple 

Vous avez un accident de voiture avec à bord 1 passager. De l'impact du choc en découle la mort de votre ami. Vous vous retrouvez dans un état de choc et plongez dans un état de stress post-traumatique  (ESPT). Vous allez probablement développer des comportements pouvant ressembler à ceux que manifestent les personnes autistes. Par exemple, votre comportement peut changer et être un repli sur soi, de l'anxiété, du mutisme, la peur du contact avec les autres, la dépression, les troubles du sommeil, etc... Ce ne sont pas les comportements extérieurs qui font que vous êtes autiste. On naît autiste.  On meurt autiste. On ne le devient pas suite à un trauma.

Il nous semble important de soulever ces points

Une personne non autiste et ayant des symptômes de l’ESPT pourrait s'imaginer qu'elle est autiste car les  conséquences en lien avec son ESPT pourraient être prises pour des comportements  autistiques. Cela peut mettre la personne sur des fausses pistes et notamment augmenter ses conséquences psychotraumatiques car celles-ci ne seront pas traitées. L'autisme ne se résume pas uniquement à des comportements mais aussi à un fonctionnement particulier. Il est important, chez les personnes autistes et ayant également un ESPT, de distinguer ce qui relève d'un fonctionnement autistique et ce qui relève de l’ESPT, pour avoir un suivi le plus adapté possible,  d’autant plus qu’il existe des stratégies de traitement ciblées pour l’ESPT (par exemple psychothérapie de type EMDR).

Témoignage de Marie Rabatel

Pour ma part, en plus de mon diagnostic d'autisme, j'ai un ESPT suite à de nombreux traumas : je suis dans une hyper vigilance quotidienne qui peut passer inaperçue ou pas aux yeux de mon entourage. Un bruit soudain ou un geste trop brusque me met en état d'alerte. Mon thorax se sert, ma respiration va s'accélérer et je vais me sentir envahie par des sensations corporelles douloureuses se mélangeant à des flashbacks de situations vécues dans mon passé. Je peux paraître alors absente, déconnectée de l'instant présent et ne plus entendre les phrases de l'émetteur. Je peux me sentir oppressée et en danger dans mes déplacements par peur de croiser une personne qui pourrait m'agresser.

→ Ce sont quelques exemples de comportements en lien avec mon ESPT.

Mais ces comportements ne sont pas du même registre que ceux en lien avec mon fonctionnement autistique, même si mon ESPT peut augmenter mes difficultés en lien avec l'autisme, et mon autisme peut augmenter mon ESPT .

Quelques exemples de mon fonctionnement autistique

Traitement de l'information sensorielle

Lors des déplacements, comme signifié plus haut :

  • je perçois les gens qui se déplacent comme des fourmis désorganisées ;
  • le son se propage dans mon conduit auditif sans pouvoir cibler l'information présente qui me serait utile ;
  • je décortique visuellement tout l'espace en repérant un maximum de détails me permettant de les relier ensembles afin de matérialiser mon environnement et de le rendre concret. Cela s'appelle avoir une vision en détail.

Communication

Lors d'échange avec une personne, je me sens souvent en difficulté de compréhension (pas parce que je ne saisis pas la définition de ses mots) mais il me manque trop souvent des informations détaillées dans la discussion et les mots sont employés de manière éloignée du sens original. J'ai besoin que tout soit en séquentiel pour me permettre d'avoir accès à des données concrètes et ainsi rendre accessible le lien social. Lorsque j'échange sur mes intérêts spécifiques, ayant une connaissance des détails (tant théorique que pratique), je peux être très "bavarde" et sortir du mutisme. C'est un peu comme si je pouvais matérialiser les liens entre les phrases émises de l'émetteur et me permettre la mise en relation.

Rapport à la temporalité

Une de mes difficultés majeures est ce qui est en rapport à la temporalité. Je dois connaître concrètement ce qui va se passer juste après l'action du présent pour me permettre de lâcher ce "présent" et entrer dans l'action du futur, sinon j'ai l'impression d'être perdue dans l'espace spatio-temporel. Je me sens aspirée par un tunnel sans fond. Cela m'est très traumatisant car j'ai l'impression que la mort va m'emporter, détruisant toute possibilité d'avenir. Un des derniers mots entendus se coince alors dans ma bouche et se répète inlassablement de manière audible ou silencieuse comme pour me permettre de m'accrocher et de ne pas exploser.

Par exemple, posséder des repères temporels visuels peut m'éviter ce genre de comportement.
Depuis mon enfance, j'ai du apprendre à gérer mon fonctionnement autistique et ma sœur (âgée de 11 mois de plus que moi) a participé à cette apprentissage. Elle m'a permise de me donner accès et ce de manière bienveillante et valorisante à une lecture de ma différence sans que celle-ci soit trop visible dans mes relations sociales.

Je conçois qu'il n'est pas toujours facile de percevoir ce qui relève de l'autisme et celui de l'ESPT mais l'un est en nous depuis notre naissance tandis que l'autre est arrivé suite à un ou des traumatismes. Néanmoins, il se peut que l'ESPT augmente les comportements autistiques non visibles en perceptible de l'extérieur suite à ce camouflage visant à s'intégrer au mieux à la société.
Aussi j'ajouterais que les personnes autistes (dys-communiquantes ou pas) ne seront pas toujours en capacité d'exprimer si elles ont vécu un traumatisme. Il est important d'être attentif à leurs comportements corporels notamment lorsque ceux-ci sont inhabituels et soudains car une personne autiste peut subir de multiples traumas qui peuvent paraître bénins pour l'entourage mais qui ne l'est pas pour soi. Nous avons tous une perception et un ressenti différent face à une même situation.

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