Coupable de s’exprimer ? Quand les jugements font plus mal que les auto-mutilations…


Article écrit par Chloëe Bichet, membre de l'AFFA

L’autisme, ce handicap qui allie lumière et ténèbres, forces et faiblesses. Un grand sage de l’Antiquité disait « c’est lorsque je suis faible que je suis fort ». Pour survivre dans une société qu’il peine à décrypter et comprendre, une personne autiste peut déployer des trésors d’ingéniosités.

« C'est de votre faute »

Parfois bancals, les remèdes que je tente d’établir pour ne pas sombrer sont multiples. Gestes qui me blessent, conduites destructrices parce que désespérées, combien de fois a-t-on pointé du doigt certains de mes agissements comme scandaleux, stupides, choquants voire condamnables par les autorités ou le corps médical encore mal ou non formé ? L’envie de me rebeller, de protester contre ces accusations injustes me submerge, tant je ne supporte plus de m’entendre dire : « c’est de votre faute si vous êtes dans cet état, vous n’avez qu’à pas vous infliger cela. » ou « Mais comment pouvez-vous vous faire ça, c’est monstrueux ! » ou encore « mais pourquoi tu fais ça, tu as l’air débile ma pauvre ». Les jugements pleuvent, rarement compréhensifs ; souvent peu élogieux.

 

Ces comportements inadaptés...

Coupable… Oui, il arrive à une personne autiste d’être jugée coupable pour une parole, un acte inadapté aux codes de la société. Coupable de se faire mal à soi-même et de se détruire intérieurement et physiquement… Parfois qualifiée de folle, d’idiote ou d’épuisante, moi, Chloëe, autiste, je désarçonne l’humain lambda, l’humain « ordinaire », qui pense que tout être humain doit raisonner, agir, penser et éprouver de la même manière. Coupable aussi, d’échouer parfois à « me faire du bien », j’exaspère lorsque je me frappe, que je cède aux troubles du comportement alimentaire. Ainsi le dentiste qui me déclare comme s’il me sortait une grande vérité « c’est de votre faute si vos dents sont abîmés, vous êtes en carence et vos dents perdent leur émail parce que vous vous nourrissez mal. »  Ça alors ! Comme si je l’ignorais et que je le faisais exprès ! Coupable aussi, lorsque je tremble de peur en me heurtant à l’inconnu, coupable de me laisser emporter par de excès de colère. Jusqu’à quand rabrouera-t-on, dans le corps médical comme au sein de la société « bien pensante et conformiste » les expressions corporelles et mentales des personnes autistes ? Jusqu’à quand les considérera-t-on insensées, ridicules ou absolument à bannir et à réprimer ?

Ces médecins, thérapeutes, directeurs  de consciences, peuvent-ils comprendre qu’il se révèle parfois impossible pour un autiste de faire autrement que de se faire du mal pour se faire du bien ? Que la peur et la panique l’emportent parfois sur la raison ? Bien sûr,  la douceur et la tendresse doivent l’emporter  dans l’absolu, cela est souhaitable, idéal mais  parfois, en situation de crise, le contrôle et la gestion des émotions demeurent illusoires. Il faut que rejaillissent, que sortent d’une manière ou d’une autre la douleur incommensurable que j’enfouis en mon for intérieur. Mieux vaut choisir un moindre mal, laisser exploser régulièrement le volcan intérieur, plutôt que de m’autodétruire pernicieusement, inexorablement jusqu’au point de non-retour.

 

Se rejeter soi-même

Comment faire comprendre à tous ces modèles « parfaits » de la société contrôlée et respectables, ces gens « normaux »,  qu'une personne autiste n’est pas une étrangeté, une erreur de l’Univers mais juste un être vivant, une créature de la Terre partageant le même air, le même espace qu’eux ? Peut-être en permettant à leurs enfants de côtoyer des personnes différentes dès le plus jeune âge, pour que plus tard, ils n'arrivent même plus à distinguer ces personnes hors-norme ?

Quand je crie, que je pleure, que je frappe –même mes parents, que je recule ou frissonne, quand dans la rue mon visage se fige comme une pierre et que les gens me disent « oh là là, vous n’avez pas l’air heureuse vous ! » quand je me tais, ce n’est pas pour « ennuyer » les autres mais parce que j’ai un message à transmettre, c’est parce que je laisse entrevoir l’état de mon âme, de mon esprit, de mon corps… Une personne autiste qui refoule son état intérieur, c’est un condamné à mort. À force de me sentir rejetée, accusée, rabrouée par le corps médical -qui juge mes auto-mutilation insensées ou mes troubles alimentaires horripilants, à force d’avoir été moquée par les enfants de mon école lorsque j’étais jeune, j’ai fini par me rejeter moi-même. Comment, dans un pays qui prône les Droits de l’Homme et de l’Etre Humain, accepte-on encore de bafouer des individus en détresse et en devenir qui n’aspirent qu’à recevoir de l’aide, qu’à recevoir des clefs –sinon de guérison- tout au moins de soulagement de leur souffrance ?

Encore aujourd’hui, dans des sociétés dites civilisées, il faut se battre pour que justement, la bienveillance et le respect se pratiquent à l’égard de tout individu quels que soient ses singularités et ses particularités.

On ne peut pas changer toute la société, on ne peut pas insonoriser le monde entier, on ne peut pas exiger du soleil qu’il atténue la clarté de ses rayons, on ne peut pas interdire au vent qu’il souffle ni à la pluie de tomber mais au moins, dans une certaine mesure, peut-on cesser de juger ou de reprocher à l’autiste de se comporter et de ressentir les choses qui l’entourent différemment.  Il serait bon de cesser de reprocher à un autiste de souffrir ou d’aller mal, il le sait déjà suffisamment MERCI

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