Autiste en authentique, par Chloëe Bichet


Article écrit par Chloëe Bichet, membre de l'association

Instinct de survie...

Quand la vie me semble une lente agonie, comment choisir de la garder ? Quand les mots ne suffisent plus pour exprimer la souffrance qui m’étreint, de quelle autre solution dispose-je que l’acte désespéré et extrême ? Quelle est la clé à la détresse d’une femme autiste en crise ? Chacune d’entre nous détient en elle une force, une source de résistance, un instinct de survie mais parfois la douleur s’avère si prégnante que rien ni personne ne paraît en mesure de la tirer du gouffre.

L'autisme, pour le meilleur et pour le pire

Ma vie je la construis au gré des pics vertigineux d’illusions et de projets mirifiques et des abysses de déceptions lorsque l’échec et la fatigabilité exagérée propre à mon autisme me rattrapent. Lors je m’effondre, récrimine après mon existence, la cruauté de ma situation. Parfois je trouve injuste mon handicap. Qu’ai-je fait de mal pour être née autiste ? Oui c’est vrai, parfois je me réjouis de mon hypersensorialité, je trouve dans ma détresse et mon isolement l’inspiration et l’imagination qui me font cheminer dans des mondes merveilleux, fantastiques. Les Fées et les Anges seraient-ils autant présents, seraient-ils vraiment mes plus fidèles confidents si je n’étais pas autiste Asperger ? Dans quel sens faut-il entendre les choses ? Est-ce l’autisme qui m’isole et attise mon esprit créatif, est-ce grâce à l’autisme que je trouve la joie dans l’art et la prière ou est-ce mon art qui m’isole et accentue mon autisme ? Est-ce la souffrance tenace liée à l’autisme qui me pousse à m’éloigner davantage de la société des « neurotypiques », ou est-ce l’éloignement de la société « neurotypique » qui accroît inexorablement ma souffrance ?

S'intégrer... Ou pas

Dois-je me forcer à m’intégrer ? Trouverai-je du réconfort en sortant de ma bulle de sûreté, de mon mur de protection érigé pour résister aux agressions de la vie quotidienne ? Docile, j’ai accepté de recourir à ces antipsychotiques honnis qui me remettaient un pied à l’étrier de la vie terrienne. Le jeu en vaut-il la chandelle ? La mélancolie, la tristesse, le mal de vivre dans ce monde, je les traîne depuis mon enfance, faut-il m’en priver pour me fondre dans le moule de la société stéréotypée ? Je bricole avec mes propres moyens en préférant les fleurs et les encens à la camisole chimique. En vérité, avec ou sans « médocs », je souffre et cache ma détresse laminante intérieure derrière un masque irréprochable d’amabilité et une fragilité qui me met en danger. Alors finalement, pourquoi ne pas rester authentique, telle que je suis, femme autiste en souffrance permanente mais intègre avec mon essence originelle. Qui pourra m’apaiser et pondérer mes pulsions destructrices ? Qui me redonnera l’espoir d’une vie plus mesurée et sereine ? Mon harmonie, mon équilibre à moi, je le trouve justement dans des comportements ou des fonctionnements jugés déséquilibrés et irrationnels par la société standardisée.

Si je commence à me regarder avec les yeux d’un neurotypique, je ne m’accepte pas, je me déteste, je me trouve folle, insensée mais si je reste fixée sur mes repères de survie, je tiens vaille que vaille. Oh il n’y a rien d’idéal, chacune d’entre nous femmes autistes, résistons et nous accrochons à cette vie munie de ses propres moyens. Qui osera nous dire que ces moyens dénichés au fur et à mesure de nos douloureuses (et j’ose espérer parfois heureuses) expériences sont erronés ou stupides ?

L'entraide, précieuse bouée de sauvetage

Parfois la colère l’importe sur la tristesse, une colère peut se révéler saine, à condition de ne la tourner ni vers soi ni vers les autres. L’isolement ou plutôt le repli, peut nous aider en nous offrant un temps de repos, un face avec face avec nous-même. Mais j’aurai tendance à nous encourager nous, femmes autistes, à nous ouvrir à celles susceptibles de nous entendre, de partager nos souffrances parce que peut-être elles les traversent également. Lorsque la pression monte trop dangereusement, je recours à cette richesse qu’est le groupe des femmes autistes, si solidaires à la fois toutes singulières mais si semblables.

C’est cela aussi, le but de l’AFFA, trouver les mots précieux qui briseront le processus de désespoir, les paroles qui désamorceront la crise et éviteront l’irréparable.

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