Du conditionnement affectif à la liberté d’être soi !


Rubrique Conseils

Cet article, écrit par Wendy*, membre de l'association, présente l'intérêt de la Communication Nonviolente (CNv) pour ne plus se sentir responsable des émotions de l'autre et déceler les relations abusives. Cette méthode peut être d'un grand secours pour les personnes autistes, et plus particulièrement les femmes, qui présentent une vulnérabilité spécifique aux situations d'abus.
Wendy tient aussi un blog :  Hors compétition... enfin ! plein de ressources.

Au cours du long chemin entre la découverte de l’existence du Syndrome d’Asperger (en 2015) et l’obtention de mon diagnostic officiel (en 2017), j’ai pris peu à peu conscience, grâce aux échanges (le plus souvent virtuels) avec d’autres personnes concernées, des stratégies que j’avais mises en place (le plus souvent de manière inconsciente) pour camoufler mes difficultés et les rendre moins perceptibles par les personnes avec lesquelles j’étais amenée à interagir…

Une stratégie assez efficace fut d’essayer de comprendre les attentes des autres, et d’y répondre de mon mieux. Décrypter leurs attentes (qui sont le plus souvent implicites !) était déjà un gros travail, je m’y attelais de mon mieux, et cela me permit d’éviter bien des situations de rejet. Voilà pour les avantages…

Mais cette stratégie de caméléonne comporte aussi ses inconvénients, ses risques… me rendant vulnérable face à des personnes ayant des attentes et demandes excessives par rapport à mes besoins, à mes ressources… manquant de prévenance et de bienveillance, pas toujours intentionnellement (mais parce que mes limites ne sont pas identiques aux leurs – comme par exemple, le niveau sonore que je peux supporter dans la durée).

À l’adolescence, je fis l’expérience d’une situation d’abus… Et je me suis toujours servie de chaque mauvaise expérience pour faire en sorte d’éviter les situations présentant un risque qu’elle puisse se reproduire (ce qui a sans doute contribué à muscler ma mémoire et mon attention à certains détails !)

Une découverte qui change beaucoup de choses pour moi…

Bien plus tard, je découvris la Communication Nonviolente (CNv) à travers un livre… puis un ami m’offrit l’ouvrage de référence sur le sujet : "Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)" de Marshall Rosenberg, père de la CNv. Je me suis régalée à le lire, à en recopier les passages qui me parlaient le plus, et je fus notamment interpelée par le passage "De l’esclavage affectif à la libération affective" dans lequel il explique que nous avons appris à nous sentir responsables des émotions des autres…

Citations du livre "Les mots sont des fenêtres" :

1ère phase, l’esclavage affectif : nous nous croyons responsables des sentiments des autres.
2ème phase, la phase "exécrable" : nous éprouvons de la colère ; nous ne voulons plus endosser la responsabilité des sentiments d’autrui
3ème phase, la libération affective : nous prenons la responsabilité de nos intentions et de nos actes.

Lors de la première phase, que j’appelle l’esclavage affectif, nous sommes persuadés d’être responsables des sentiments des autres. Nous pensons devoir en permanence nous efforcer de faire plaisir à tout le monde. Si les autres paraissent mécontents, nous nous sentons responsables et obligés d’y remédier. Cette attitude peut aisément nous mener à considérer les gens qui nous sont les plus proches comme des poids.
C’est là une réaction courante chez ceux qui pensent qu’aimer impose de renier ses propres besoins afin de pourvoir à ceux de l’autre.

Au cours de la deuxième phrase, nous commençons à nous rendre compte qu’il revient très cher d’endosser la responsabilité des sentiments d’autrui et d’essayer de "faire avec", quoi qu’il nous en coûte. … à quel point nous nous sommes fermés à nous-mêmes…
Nous avons tendance à réagir à la souffrance de l’autre par des réflexions désagréables, telles que : "C’est ton problème ! Ce n’est tout de même pas moi qui suis responsable de ce que tu ressens !"

Ma fille. Marla avait toujours été la petite fille modèle, qui s’évertuait à renier ses besoins pour satisfaire les attentes des autres. Lorsque je me suis rendu compte qu’elle étouffait souvent ses désirs pour plaire à son entourage, je lui dis combien j’aimerais l’entendre exprimer plus souvent ses besoins.
La première fois que nous abordâmes le sujet, Marla fondit en larmes : "Mais, papa, je ne veux décevoir personne !" protesta-t-elle, désemparée. Je tentai de lui faire comprendre qu’elle offrirait aux autres un cadeau bien plus précieux en étant honnête qu’en transigeant pour éviter de les contrarier. Je lui expliquai également comment elle pouvait témoigner de l’empathie aux autres lorsqu’ils étaient contrariés, sans pour autant se sentir responsables de leurs sentiments.
Elle apprenait à exprimer ses besoins et à s’exposer au mécontentement des autres. Il lui fallait certes encore apprendre à affirmer ses besoins sereinement et en respectant ceux des autres…

Lors de la troisième phase, dite de libération affective, nous réagissons aux besoins des autres uniquement par bienveillance, et jamais par crainte, culpabilité ou honte. Nos actes nous satisfont donc autant qu’ils satisfont ceux qui reçoivent le fruit de nos efforts. Nous prenons la totale responsabilité de nos intentions et de nos actes, mais pas celle des sentiments des autres.
La libération affective consiste à exposer clairement ce que nous voulons, tout en montrant que nous tenons aussi à ce que les besoins des autres soient satisfaits.

Et oui nous sommes conditionnés durant notre enfance à nous sentir responsables des émotions des autres…

Petite illustration : Je suis enfant et je commets une maladresse. Mon parent réagit en se mettant en colère et m’accuse d’avoir fait une bêtise, puis m’inflige une punition (plus ou moins redoutable). Comment ne pas me sentir responsable des émotions de cette personne, de ce parent, dans ces conditions ? Je me dis que si j’avais agi différemment, si je m’étais abstenue de faire ce geste maladroit, j’aurais évité cette colère et donc cette punition… c’est ma seule marge de manœuvre en tant qu’enfant, mon seul moyen pour que la situation ne se reproduise pas à l’avenir… Tout ce que je peux faire, c’est éviter de faire ce qui déclenche la colère de l’autre… quand je peux identifier quelque chose que je peux changer (car ce n’est pas toujours le cas…).

C’est seulement une fois que je suis devenue adulte et que je ne dépendais plus de mes parents que j’ai pu réaliser que c’est "normal" pour un enfant de faire des "bêtises", de commettre des maladresses… J’ai réalisé qu’imposer à l’enfant l’idée qu’il ne devrait jamais faire de "bêtises", ne jamais "commettre" de maladresses, c’est tout bonnement lui refuser le droit d’ "être un enfant", d’être en apprentissage…

Les 4 étapes de la CNv

Devenir adulte et découvrir le processus en 4 étapes de la CNv m’a aidé à prendre du prendre du recul et voir les choses sous un angle différent :

1. C’est son point de vue personnel, son choix à cet adulte, de considérer que c’est une "bêtise" (faite exprès ?) plutôt qu’une "maladresse liée au fait que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre" : cet adulte n’est pas dans l’Observation (1ère étape du processus de CNv) mais dans le jugement, l’interprétation…

2. Cet adulte, ce parent a parfaitement le droit de Ressentir de la colère, oui ! (personne ne peut nous interdire, et encore moins nous empêcher, de ressentir une quelconque émotion que ce soit). Il est toutefois précieux d’être conscient que le "déclencheur" de la colère (la fameuse goutte d’eau qui fait déborder le vase) n’est pas la même chose que la "cause" de la colère… Car confronté à la même situation, différentes personnes éprouveront des émotions différentes (pour l’une ce sera la peur, pour une autre ce sera de la colère…). Cela illustre qu’une même situation ne provoque pas automatiquement une émotion déterminée.

3. Ce qui est à l’origine d’une émotion plutôt qu’une autre dans une situation donnée, c’est le Besoin de la personne concernée qui est insatisfait, et c’est ce besoin qui varie selon les personnes, et est donc la cause de l’émotion ressentie sur le moment.
Petit exemple : j’ai rendez-vous à 17h avec une personne, il est 17h15, je l’attends depuis déjà 15 minutes (et aucune nouvelle sur mon téléphone). Je peux être…

  • inquiète… lui est-il arrivé quelque chose ?
  • contrariée… dire que je me suis dépêchée pour être à l’heure à ce rendez-vous alors que j’aurais pu prendre le temps de finir ce que j’étais en train de faire !
  • déçue… je me faisais une joie de revoir cette personne que j’apprécie tant et de partager un moment avec elle !
  • tranquille… j’ai couru toute la journée, et je profite de ce moment de temps libre pour penser à ce que je vais faire d’agréable ce week-end.

4. Et la quatrième et dernière étape est d’adresser une Demande à la personne concernée (ou parfois à soi-même !).

Mais évidemment, il est impossible pour un enfant qui subit une punition d’avoir le recul pour se dire "cet adulte a des besoins insatisfaits et c’est pour cette raison qu’il réagit ainsi, mais je ne suis pas responsable de ses émotions, de ses besoins insatisfaits" (il est important de savoir que nos besoins ne dépendent jamais d’une personne en particulier).


Voilà donc ce qui nous conditionne, durant l’enfance, à nous sentir responsables des émotions ressenties par les personnes autour de nous !

« Tu ne penses qu’à toi ! »

Qui n’a jamais entendu de la part d’un proche une phrase telle que "Tu es égoïste !", "Tu ne penses qu’à toi !", ou encore "Tu es trop personnelle"… Voilà un cas tellement répandu de "manipulation" (oups ! en CNv, on évite d’utiliser des jugements, des étiquettes…). Bien souvent, la personne qui formule ce "reproche" voudrait que l’autre réponde à son besoin à elle, peu importe ce qu’il en coûte à la personne qualifiée d’ "égoïste".

En réalité, être égoïste, c’est vouloir que l’autre fasse passer mes besoins à moi avant ses propres besoins ! Donc c’est la personne qui formule ce jugement qui correspond le mieux à cette définition ! Selon Lise Bourbeau, dans toutes les cultures, les gens ont cette crainte "d’être égoïste"… Ce qui les pousse à faire des choses allant à l’encontre de leurs besoins et de leur bien-être, puis à reprocher aux autres ne pas en faire assez pour eux, pour satisfaire leurs besoins à eux…

Par exemple, à une époque ma mère me reprochait de ne pas l’appeler assez régulièrement… Mais si je n’ai rien à lui dire ou à lui demander, pourquoi l’appellerais-je ? Je n’en vois pas l’intérêt ! Et je sais que ça va me coûter de l’énergie, sans rien m’apporter (non, les échanges sociaux ne me procurent aucune satisfaction). Alors j’aurais pu me forcer à le faire, faire l’effort qu’elle me réclamait… et quand j’aurais cessé de le faire (car on ne peut pas faire indéfiniment des choses qui nous coûtent plus d’énergie qu’elles nous apportent de satisfaction), j’aurais une nouvelle fois eu le droit à ce reproche…

En réalité, je ne me suis pas forcée à le faire, je n’en voyais pas l’intérêt (ok, ma mère a besoin d’attention, d’écoute, mais elle peut en trouver auprès d’autres personnes, non ? Notamment avec ma sœur)… et elle a fini par se faire à cette situation, ne plus m’adresser ce genre de reproche… Elle a sans doute mieux compris mon fonctionnement différent le jour où elle est venue pour l’entretien au CRA en vue de mon diagnostic ! Grâce à ce diagnostic, j’ai ressenti un immense soulagement d’avoir enfin le droit d’être moi, de faire mes propres choix, d’avoir mes propres priorités, même s’ils diffèrent de ceux de la majorité, de ceux considérés comme "normaux".

Car oui, nous sommes conditionnés, enfant, à agir pour faire plaisir aux autres (parents, profs...) en oubliant nos propres besoins... c'est donc une rééducation que nous avons à faire une fois devenus adultes ! Et c’est ce que j’aime le plus dans la Communication Nonviolente (CNv), le fait qu’elle nous invite avant tout à mieux connaître nos besoins, à reconnaître leur légitimité, afin de ne plus faire passer nos besoins après ceux des autres.

D’ailleurs, le conditionnement social des femmes les pousse encore plus que les hommes à se sentir responsables de pourvoir aux besoins des autres… comme si elles n’avaient pas le droit d’exister pour elles-mêmes (cela se voit à travers les réactions des gens quand une femme dit qu’elle ne veut pas d’enfant… elle s’entend souvent répondre "Tu changeras d’avis"… "C’est égoïste !" - tiens le revoilà ce fameux reproche !) alors que pour un homme c’est plus fréquemment accepté, il s’entendra plus souvent dire que "c’est son choix").

Pourtant si nous ne nous occupons pas de nos propres besoins, qui le fera pour nous ? Qui le fera à notre place ? Personne ! Bien que nous ayons toujours cet espoir, cette attente… souvent déçue et frustrée, car pour pouvoir répondre à un besoin encore faut-il bien le connaître, en avoir conscience ! Et ça, personne ne peut être mieux placé que nous pour le découvrir…

Donner aux autres ce qu’on aimerait recevoir, ou encore ne pas faire ce qu’on n’aimerait pas qu’ils nous fassent… ça ne fonctionne pas à tous les coups ! Petit exemple : j’ai horreur qu’une personne passe chez moi à l’improviste (même si c’est quelqu’un que j’apprécie énormément)… Pourtant, j’ai découvert qu’il existe des personnes à qui cela fait réellement plaisir de recevoir une visite surprise ! (et ces personnes n’imaginent sans doute pas à quel point c’est désagréable, stressant, fatigant pour moi si elles s’avisaient de le faire…).

 

Points de repère

  • Être consciente de mes besoins
  • et les reconnaître comme légitimes (quoi que puissent en dire les autres – car ce ne sont pas eux qui endureront l’épuisement d’avoir passé trop de temps dans un lieu trop bruyant par exemple)
  • et savoir que tous mes ressentis sont légitimes (car liés à mes besoins personnels), que personne ne peut savoir mieux que moi ce que je ressens (bien que l’écoute bienveillante d’une autre personne puisse m’aider à y voir plus clair dans mes ressentis)

Ce sont toutes ces choses que la CNv nous invite à développer, et que je trouve très précieuses pour repérer les situations de manipulation, les situations où la personne avec qui j’échange manque de prévenance et de bienveillance, et que j’ai donc intérêt à éviter pour mon bien-être.

Si une personne me dit "non tu ne ressens pas ça", alors un gros voyant rouge s’allume dans ma tête et je sais que je ne peux avoir confiance en cette personne… (car personne ne peut savoir mieux que moi ce que je ressens… si la personne le nie, alors la relation n’aura pas les bases respectueuses et bienveillantes qui me sont nécessaires, donc je fuis !).

Wendy

Un autre article de Wendy sur la Communication Nonviolente et l'autisme : http://hors-competition.over-blog.com/2017/11/la-girafe-solitaire.html
Les illustrations de cet article proviennent du blog de l'Apprentie Girafe, spécialement consacré à la Communication Nonviolente : http://cnv-apprentiegirafe.blogspot.com/

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