Reportage sur les autistes de la Silicon Valley : et si Evan était une femme ?


Article écrit par Avatypique, personne atypique.

Voilà quelques jours je me suis proposée à l’écriture de cet article, en réponse au reportage du JT de France 2, sur les autistes de la Silicon Valley, diffusé le 20 mai 2018. J’ai longtemps cherché comment aborder le thème. Et puis j’ai repensé à la façon dont l’autrice du blog “The Autist” avait titré le sien concernant ce même reportage.

Evan, jeune homme autiste suivi dans le reportage diffusé sur le JT de France 2, 20 mai 2018

Et si Evan, le jeune homme suivi par le journaliste, avait été une femme ?

Et bien à cette question la réponse est plutôt simple : il n’aurait tout simplement pas figuré dans le reportage. Nul besoin de décortiquer la vidéo, vous remarquerez rapidement qu’aucune apparition, ni mention, de femmes (cis-genres ou non) n’y est faite. À croire que les femmes autistes ne sont pas présentes sur le marché du travail, ou qu’elles ne sont pas suffisamment intéressées/compétentes pour intégrer les entreprises de la Silicon Valley.

Alors sachez que des femmes autistes travaillent elles aussi. Certaines sont d’ailleurs douées et passionnées par l’informatique, au même titre que les hommes autistes. Mais voilà, elles sont totalement invisibilisées.

Imaginez les jeunes filles autistes qui auront accès à ce type de reportage où elles ne sont aucunement représentées. Déjà qu’elles doivent affronter les stéréotypes de genre au quotidien, il faudra aussi qu’elle se fasse une raison : les femmes autistes ne seraient qu’une version spectrale de l’autisme masculin … Transparentes au point de ne pouvoir  laisser une trace sur la pellicule numérique d’une caméra ?

Pourtant pour construire une identité qui leur sera propre, les femmes autistes ont besoin d’exemples inspirants. C’est là que la représentativité entre en jeu.

 

La représentativité, en quoi est-ce important ?

La représentativité est le fait qu’une personne puisse s’exprimer verbalement au nom d’une partie de la population. Cette notion de représentativité est essentielle, notamment dans la construction de l’identité d’une communauté de référence. Non pas pour uniformiser les caractéristiques d’une population mais pour montrer que cette population existe. Cette notion est fondamentale dans notre société conformiste du rapport à l’image, ou nous subissons des injonctions normatives.

 

Quels profils professionnels pour les [femmes] autistes ?

[Pour commencer il faudrait arrêter de montrer systématiquement des hommes blancs cis*. Les profils des personnes autistes sont bien plus variés : femmes cis* et trans, personnes non-blanches, personnes non binaires**, etc. De nombreuses voix s’élèvent pour dire STOP aux stéréotypes de façon globale.]

Les profils mis en avant par les médias sont systématiquement liés à l’informatique. Le panel d’activité est relativement limité à : travaillant dans une entreprise d’informatique, informaticien, création graphique…. assistée par ordinateur, data protection, etc. On peut presque parler d’overdose 2.0. Nous savons que l’innovation dans la Tech est l’un des points clés de la politique du gouvernement actuel mais tout de même. Au bout d’un moment cela devient limite agaçant (non, en fait ça l’est carrément).

 

*Attention spoiler*

Une personne autiste peut tout à fait n’avoir aucun attrait pour travailler dans l’informatique ou le domaine des chiffres. Si si je vous assure. Certaines travaillent dans l’administration, d’autres sont illustratrices, tatoueuses, rédactrices, journalistes, enseignantes, infographistes, avocates, artistes peintres, blogueuses, psychologues, cheffes d’entreprises, créatrice dans le textile, parent au foyer, etc. Les femmes autistes vous diraient qu’elles en ont assez d’être invisibilisées et reléguées au second plan. Minorité d’une minorité dont les caractéristiques sont trop souvent étouffées par celles de leurs comparses masculins et de la littérature (obsolète) sur le sujet de l’autisme. Les femmes autistes auraient sans aucun doute envie de parler de leurs compétences, souvent bien loin des clichés véhiculés par les médias. Elles ont envie … non, les femmes autistes ont DROIT à une tribune elles-aussi !

 

Vouloir se faire entendre sur la diversité de l’autisme  (et plus  particulièrement sur le sujet des femmes autistes) est un véritable sacerdoce, lorsque l’on n’a pas l’exposition médiatique nécessaire. Pour faire avancer la recherche ET la société, sur l’autisme, il faudra compter avec les femmes. Cela commence par le fait de mettre en avant leurs profils variés et d’écouter ce qu’elles ont à dire les concernant.

 

*Cis ou cisgenre se dit d’une personne dont le genre (féminin/masculin) assigné à la naissance correspond à celui  ressenti par cette dernière.

**Non-binaire (genderqueer) désigne des identités de genre non normatives.

www.pdf24.org    Send article as PDF   

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *