Comme une Martienne sur Terre…


Témoignage de Magali, membre de l'AFFA, sur sa relation par rapport aux autres

Lorsqu’une personne me parle, c’est un peu comme si elle rentrait dans mon champ personnel : j’ai la sensation de ne pas avoir de barrière, de carapace, qui fixe la limite entre elle et moi.
J’avais lu, il y a quelques années, une nouvelle de Ray Bradbury dans son livre Chroniques martiennes qui m’avait bouleversée. Dans cette nouvelle, "Le Martien", un couple de personnes âgées découvre un matin chez eux leur fils, décédé il y a 20 ans mais pourtant bien vivant, inchangé par rapport à leur souvenir. En fait, il ne s’agit pas de leur fils mais d’un martien qui, ayant ressenti que leur fils leur manquait terriblement, s’est identifié à leur désir de le revoir. Plus tard, ce couple va avec leur « fils » (le Martien en réalité) chez des amis. Et là-bas, le martien ressent le désir d’une personne voulant absolument retrouver sa fille. Et il quitte l’enveloppe du fils perdu pour devenir cette fille, etc.
Cela m’a bouleversée car je me suis un petit peu reconnue dans le Martien, dans cette tendance à s'identifier à l’autre, ressentir son désir et s’y soumettre, sans même en être conscient.
Lorsque cela arrive, j'ai la sensation d'être sous emprise, sous l’influence totale de la personne avec qui je suis. J’ai l’impression qu’elle rentre en moi, qu’elle me télécommande de l’intérieur. C’est comme si je n’existais plus, comme si j’étais l’incarnation de son désir, de sa volonté. D’ailleurs, quand je reste quelques jours avec elle, je me surprends à « penser » comme elle, à prendre ses tournures de phrase. J’en suis totalement imprégnée.

 

Je précise que cela ne se passe pas comme ça avec toutes les personnes : cela dépend de leur façon de m’aborder, du timbre de leur voix (j’y suis terriblement sensible), de leur façon d’être, de ce qu'elles me renvoient. Il y a moins de chance que cela se passe par échange écrit qu’en face à face.
Des personnes sûres d’elles, autoritaires, dont la posture est « campée », avec un timbre de voix qui ne fléchit pas, qui parle plutôt fort : autant dire que « c’est mort » pour moi,et j’obéis. Surtout lorsque je suis prise au dépourvu, lorsque je n’ai pas eu le temps de me préparer mentalement à cet échange. A contrario, avec des personnes qui fonctionnent comme moi, cela se produit très peu.

 

Je n’ai pas non plus de signal qui me dise : « Attention, ce qu’elle te propose, c’est “trop”pour toi, c’est exagéré, elle va trop loin, elle ne respecte pas ton souhait, est-ce qu’elle a seulement demandé ton avis ? »
Mais même si elle me demande mon avis, et bien je réponds souvent la réponse qu’elle veut entendre. C’est à dire, le plus souvent, la réponse qui va lui permettre d’obtenir quelque chose : un service, de l’attention, de l’écoute…
C’est comme cela que, lorsqu’une personne s’intéresse à moi, a des « vues » sur moi, je rentre dans son désir et j’y réponds, que cette personne me plaise ou non. Enfin, j’y répondais, parce que maintenant que j’ai conscience de cette façon de fonctionner, j’arrive à me dire « oui mais, en fait, je ne ressens rien pour elle » et j’arrive à rester un peu distante, à ne pas tout donner.
Bien sûr, cela m’a causé des soucis et je ne me suis pas respectée : je me suis donc retrouvée à « sortir » avec des personnes pour qui je ressentais juste un peu d’amitié. Je m’efforçais de donner de l’attention parce que, quand même, on est en couple alors je dois en témoigner. Ce n’était pas un automatisme et j’étais souvent « happée » par mes intérêts spécifiques, au point de l’oublier…

 

Quant au fait de savoir dire « non »... Je viens de comprendre récemment que c’était envisageable, car quand on est imprégné de la personne qui demande un service, ou de l’attention, cette question ne se pose bien sûr pas.
C’est aussi pour cela qu’il est vraiment fondamental d’apprendre aux personnes qui fonctionnement comme moi quelques bases, comme leur dire par exemple : « Tu n’es pas obligée de répondre à tous les désirs de la personne qui te parle. Si tu es trop sous son influence (ce qui est le cas en face-à-face), essaye de lui dire « Je vais réfléchir », et ensuite, quand tu seras seule, sous aucune influence, essaye de voir vraiment ce que tu souhaites. »

 

 

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