Y a-t-il un lien entre l’autisme et la dysphorie de genre ?


 

Kyle Simon pour le Huffington Post, 13 septembre 2013 – Traduction : Aurélia P. pour l’AFFA

Article original : Is There a Link Between Autism and Gender Dysphoria?

Qui dit autisme dit statistiques. Le chiffre le plus souvent associé à l’autisme aujourd’hui est le fameux ratio de 1 pour 4 : l’autisme aurait 4 fois plus de chances d’arriver chez les garçons que chez les filles. Un phénomène moins souvent évoqué dans la communauté des personnes autistes (et dans la communauté plus large de la santé mentale) est que les Troubles du Spectre de l’Autisme (TSA) arrivent bien plus fréquemment chez des personnes transgenre que dans la population en général. Cette tendance, que des dizaines d’études de cas et d’études de prévalence ont largement documenté ces dernières années, entraînent un certain nombre d’incertitudes concernant le chiffre de « quatre fois plus de filles que de garçons » et soulève des questions à propos de l’autisme et de l’identité de genre.

 

Une étude menée par une équipe de scientifiques anglais en 2012 a souligné  que sur un échantillon d’individus qui ne sont pas diagnostiqués comme étant sur le spectre, les personnes transgenres Femme-vers-homme (FTM) ont plus fréquemment des traits autistiques que les personnes transgenres Homme-vers-femme (MTF). Une autre étude, qui s’est intéressée à des enfants et à des adolescents admis dans une clinique spécialisée dans l’identité de genre (Gender Identity Clinic) aux Pays-Bas, a révélé  que presque 8 % des sujets étaient aussi diagnostiqués pour les TSA. Ce chiffre est presque quatre fois supérieur au taux de TSA dans la population globale, selon le Centre pour le contrôle des maladies et de la prévention (CDC). Le chercheur turc N. M. Mukaddes suggère que ce chiffre pourrait même être trop bas. Il évoque le fait que les individus avec un bas niveau de langage pourraient ne pas être en mesure de communiquer leurs émotions d’insatisfaction concernant le genre qui leur a été assigné.

 

Une des théories centrales pour expliquer l’autisme est la suivante : l’autisme consisterait en l’exagération de caractéristiques typiquement masculines, à savoir systématiser et avoir un bas niveau d’empathie, cette dernière caractéristique étant considérée comme féminine. Cette théorie, nommée Extreme Male Brain  (EMB, « Forme extrême du cerveau masculin »), a été développée par un ensemble de recherches visant à  démontrer que les hommes sont plus performants pour réussir des tâches qui mesurent la capacité de systématiser, et moins performants à des tests qui mesurent l’empathie. Le chercheur britannique qui a initialement publié cette théorie, Simon Baron-Cohen, l’a appliquée aux individus sur le spectre autistique. Il a observé que les individus autistes sont en général encore meilleurs dans les tâches de systématisation que les hommes neurotypiques, ce qui explique le terme Extreme Male Brain. Aussi étranges que puissent paraître ces conclusions, elles ont été soutenues par un certain nombre d’autres études qui se sont penchées sur les rapports entre sexe et TSA. Cependant, cette théorie a été critiquée. En effet, selon Thimothy Krahn et Andrew Fenton, elle s’appuie de façon très problématique sur une pensée « non convaincante car s’appuyant sur des normes de genre stéréotypées pour mesurer certaines capacités ou aptitudes dans la population humaine » écrivent Thimothy Krahn et Andrew Fenton. Krahn et Fenton vont même jusqu’à suggérer que cette théorie pourrait accidentellement favoriser les hommes dans la démarche diagnostique, réduisant ainsi l’accès aux services pour les femmes avec des symptômes de TSA.

Alors que la théorie de l’Extreme Male Brain  se concentre sur les facultés cognitives, il a été montré que d’autres facteurs en lien avec le sexe et le genre entrent en corrélation avec le TSA. Une équipe internationale de chercheuses/eurs a trouvé beaucoup plus d’hormones mâles tant chez les hommes que chez les femmes avec TSA, par contraste avec la population neurotypique de contrôle.

Ces découvertes soulèvent des questions relatives à la fois au TSA et à la non-conformité de genre. Par exemple, est-ce qu’un niveau plus élevé d’hormones mâles pourrait être la cause à la fois du TSA et des sentiments de dysphorie de genre (le nouveau terme clinique pour parler des personnes transgenres) ? Ou bien la présence de l’un des deux – TSA ou dysphorie – causerait-elle un niveau plus élevé d’hormones, qui causerait ensuite l’autre ? Est-ce que l’on ne diagnostique que les femmes les plus masculines, tandis que d’autres, qui montrent les mêmes symptômes, ne sont pas diagnostiquées ? Seul l’avenir et de nouvelles recherches à ce sujet pourront apporter des réponses à ces questions.

Une chose est certaine malgré tout : les individus transgenre avec TSA ont besoin d’un suivi plus important. Des recherches ont découvert que les individus transgenre diagnostiqués avec des handicaps développementaux ont un risque plus élevé de se mettre en danger dans leur vie sexuelle. Les auteurs de cette étude suggèrent que les efforts des personnes qui prennent soin d’elles pour les préserver,  peuvent en outre incidemment limiter leur autonomie et les pousser à des comportements sexuels encore plus dangereux. De ce fait, il est important que ceux qui prennent soin de ces personnes uniques fassent attention aux besoins et aux limitations chaque fois spécifiques auxquelles elles sont confrontées.

 

Un grand merci au Center for Gender, Sexuality and HIV Prevention de l’hôpital pour enfant Ann & Robert H. Lurie, Chicago

 

PDF24    Send article as PDF   

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *