Cyberharcèlement et TDAH : pourquoi tant de jeunes victimes n’en parlent-elles pas ?
Près d’un jeune sur quatre a vécu une expérience négative en ligne au cours de l’année écoulée. Pourtant, la grande majorité des incidents ne sont jamais signalés, cyberharcèlement particulier chez les jeunes présentant des difficultés psychologiques ou neurodéveloppementales.
Cyberharcèlement et expériences négatives en ligne : les jeunes avec des troubles neurodéveloppementaux présentent un risque accru
Les espaces numériques occupent une place croissante dans la vie des enfants et des adolescents. Réseaux sociaux, jeux en ligne, messageries et plateformes de partage leur permettent d’apprendre, de communiquer et de développer leurs relations sociales. Mais ces environnements peuvent également les exposer à des expériences négatives dont les conséquences sur la santé mentale sont loin d’être anodines.
Une étude publiée en 2026 dans JAACAP Open apporte un éclairage important sur cette question. Réalisée auprès de 1 009 jeunes âgés de 9 à 15 ans présentant des troubles de santé mentale ou des troubles neurodéveloppementaux, elle met en évidence une forte exposition aux expériences négatives en ligne et un faible recours aux dispositifs de signalement.
Une exposition fréquente aux expériences négatives en ligne
Plus d’un quart des participants (26,6 %) ont déclaré avoir vécu au moins une expérience négative en ligne au cours des douze derniers mois. Pour près de 70 % d’entre eux, ces incidents se sont produits à plusieurs reprises.
Ces expériences regroupent des situations variées : insultes, exclusion, harcèlement, attaques personnelles, usurpation d’identité ou encore comportements humiliants ou menaçants.
Ces résultats rejoignent d’autres travaux montrant que les jeunes présentant des troubles neurodéveloppementaux ou des difficultés psychologiques sont davantage exposés aux risques numériques.
Pourquoi les incidents sont-ils si peu signalés ?
L’un des constats les plus marquants de l’étude est que près de 80 % des incidents n’ont fait l’objet d’aucun signalement.
Les chercheurs ont identifié trois grandes catégories d’obstacles :
● Des outils difficiles à comprendre : Les plus jeunes participants rapportent souvent ne pas savoir comment signaler un contenu ou un comportement problématique. Les procédures apparaissent complexes, peu visibles ou difficiles à comprendre. Cette difficulté peut être encore plus importante pour les jeunes présentant des difficultés sociales, de communication ou de compréhension des codes relationnels.
● Un manque de confiance dans le système : De nombreux adolescents doutent de l’efficacité du signalement. Ils ignorent ce qu’il advient de leur démarche ou craignent qu’aucune mesure concrète ne soit prise. Cette perception réduit fortement leur motivation à demander de l’aide.
● Des freins émotionnels importants : La peur des représailles, la honte, l’embarras ou l’anxiété constituent des obstacles majeurs. Les jeunes présentant des symptômes anxieux ou dépressifs semblent particulièrement concernés.
Même lorsqu’ils savent qu’une situation est inacceptable, ces émotions peuvent les empêcher de passer à l’action.
Le rôle essentiel de la famille : L’étude souligne également l’importance du contexte familial. Les chercheurs ont observé qu’une supervision parentale limitée ou des pratiques éducatives incohérentes étaient associées à un risque plus élevé d’expériences négatives en ligne. À l’inverse, les jeunes bénéficiant d’un accompagnement parental stable et bienveillant étaient moins exposés et rencontraient moins d’obstacles au signalement.
Ces résultats rappellent que les parents demeurent un repère essentiel dans l’apprentissage des usages numériques. Les échanges réguliers autour des activités en ligne, sans jugement ni sanction systématique, favorisent davantage la demande d’aide lorsque survient une difficulté.
Un enjeu particulier pour les jeunes avec un TDAH
L’échantillon étudié comportait une proportion importante de jeunes présentant des troubles de l’attention. Même si le diagnostic à lui seul n’explique pas les comportements en ligne, les auteurs soulignent que certaines caractéristiques fréquemment associées au TDAH — impulsivité, difficultés relationnelles, sensibilité émotionnelle ou recherche d’acceptation sociale — peuvent contribuer à accroître la vulnérabilité face aux situations de harcèlement ou d’exclusion.
Ces résultats invitent à renforcer l’éducation au numérique auprès des jeunes concernés, mais aussi à développer des outils de signalement plus simples, plus accessibles et mieux adaptés à leurs besoins.
⚠️ Ce qu’il faut retenir
Cette étude montre que les expériences négatives en ligne sont fréquentes chez les enfants et adolescents présentant des troubles neurodéveloppementaux ou des difficultés psychologiques. Pourtant, la grande majorité de ces situations ne sont pas signalées.
Améliorer la sécurité numérique ne passe donc pas uniquement par la modération des plateformes. Cela implique également de mieux informer les jeunes, de simplifier les procédures de signalement, de soutenir les familles et de prendre en compte les besoins spécifiques des enfants et adolescents les plus vulnérables.
Pour les familles concernées par le TDAH, ces résultats rappellent l’importance d’un dialogue ouvert autour des usages numériques et de la création d’un climat de confiance permettant aux jeunes de demander de l’aide lorsqu’ils rencontrent une difficulté en ligne.
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Le 3018 est le numéro national dédié à la lutte contre le cyberharcèlement et les violences numériques. Gratuit, anonyme et confidentiel
Ouvert 7 jours sur 7, de 9 h à 23 h
Destiné aux jeunes victimes, aux témoins, mais aussi aux parents et aux proches confrontés à une situation de cyberharcèlement ou de violence en ligne. Vous pouvez également contacter les professionnels via l’application 3018 (disponible sur iOS et Android) ou consulter le site de e-enfance.org
En cas de situation préoccupante, n’attendez pas pour demander de l’aide. Parlez-en à un parent, un proche, un enseignant, un professionnel de santé ou à tout autre adulte en qui vous avez confiance.

