Invitation à lire Hugo Horiot


Hugo Horiot est un comédien et écrivain qui a la particularité d’être autiste. Je l’ai découvert sur internet par le biais d’une vidéo Brut et d’une vidéo YouTube dans laquelle il interviewe Rudy Simone, autrice de nombreux livres dont « l’Asperger au féminin » (chronique disponible ici). Qui plus est, sa mère, Françoise Lefèvre, écrivain de renom, lui a consacré un livre « Le petit prince cannibale » qui obtint le prix Goncourt des lycéens.

Ces bribes d’informations sur l’auteur m’ont donné envie de connaitre davantage son histoire en lisant ses trois ouvrages « L’empereur c’est moi » (Prix paroles de patients), « Carnet d’un imposteur » et « Autisme : j’accuse ! » que je vous conseille de découvrir dans l’ordre de leur parution.

 

De prime abord j’ai été assez déroutée par les premières pages du livre autobiographique « L’empereur c’est moi » car l’auteur s’exprime avec un phrasé propre à l’enfance. Et finalement c’est bien là l’intérêt majeur de son ouvrage : Hugo Horiot nous offre la possibilité d’entrer dans l’esprit d’un jeune enfant autiste.

Cette approche est particulièrement novatrice et passionnante puisqu’elle permet d’obtenir le témoignage inespéré d’un enfant de quatre ans, sur sa vie d’autiste au sein du monde si étrange des autres ! En renouant avec sa peau de petit garçon, l’auteur vous immerge dans ses interrogations existentielles et ses ressentis sur l’environnement qui l’entoure. Sous le prisme de son vécu d’enfant, ses comportements de l’époque jugés inappropriés, prennent un sens là où ils demeuraient souvent incompris.

En conclusion, le style d’écriture de ce récit a beau être simple, il n’en ait pas moins puissant et captivant. L’auteur vous inclut à ses plus intimes pensées et tribulations dans un environnement en perpétuel décalage avec son cerveau différent. Dans ce cheminement, sa personnalité haute en couleurs et en noirceurs donne davantage encore de reliefs à son témoignage.

 

Ensuite, je me suis attaquée sans attendre à son second livre « Carnet d’un imposteur » retraçant cette fois, sa vie de jeune homme avide de devenir acteur. Jouer la comédie a toujours été le quotidien d’Hugo Horiot, presque une question de survie dans un monde hostile à la différence ! Alors être acteur, comme il l’explique, tenait de l’évidence. Porter un masque est d’ailleurs le lot de nombreux autistes : ceux qui s’ignorent tout en se sachant spéciaux et ceux n’ayant d’autre issue que de cacher leur vérité.

Hugo Horiot raconte son histoire tumultueuse, ses amours et les tournures qu’ils ont donné à son parcours. Il vous emmène au cœur de sa vie d’acteur et de père notamment, avec toutes les particularités que sa spécificité d’autiste peut apporter à ces rôles-là. Des réussites, des échecs, des émotions fortes vous traverseront d’un bout à l’autre de ce récit où l’adaptation est son arme de tous les jours.

Ce second ouvrage est tout aussi passionnant que le premier voire plus. Vous y découvrez un combattant du quotidien qui avance à la force de sa passion pour le jeu (d’acteur). A nouveau le récit est assez court et accessible, du genre que vous pourrez dévorer en quelques heures à peine !

 

Enfin, je me suis procurée « Autisme : j’accuse ! » bien que le prix assez élevé m’ait fait hésiter quelques instants. Mais je ne regrette absolument pas mon achat.

Sorti du cadre autobiographique, cet essai-manifeste en faveur de l’autisme apporte un regard critique sur la perception de l’autisme dans notre société. Empreint de la rage ardente de l’auteur, sa plume écorche quand elle n’éventre pas les mœurs et politiques actuelles en matière de conception, gestion et accompagnement de l’autisme.
Il apporte sa vision à prendre avec un certain sens critique néanmoins. Son écriture « coup de poing » vous emporte dans son combat mais encore faut-il se forger son propre avis sur les sujets soulevés. Vous y découvrirez des points de vue inédits, des comparaisons avec d’autres pays bien plus inclusifs et aussi son vécu sur l’envers du décor des grandes associations du secteur de l’autisme.

Parfois ses propos donnent le vertige lorsque l’on prend conscience des intérêts sous-jacent des uns et des autres sous couvert de l’autisme, que ce soit les lobbies médicaux ou les grands pontes du médico-social par exemple. A d’autres moments l’auteur met en exergue toutes les potentialités fabuleuses des personnes autistes dont la société devrait se saisir pour progresser. Ses mots donnent de l’espérance et l’envie d’être acteur de ces évolutions nécessaires.

Emotionnellement fort, j’ai terminé cet essai avec quelques larmes mêlées de colère mais surtout d’un regain d’espoir. Tant que des personnes telle qu’Hugo Horiot porteront la voix des autistes si haut, l’énergie subsistera d’accompagner chacun à son échelle, le changement des mentalités.

En sommes, ces trois lectures courtes et puissantes permettent de découvrir toute la profondeur de caractère d’un enfant autiste devenu adulte et ses revendications en faveur de l’autisme. Ainsi, à mon sens, Hugo Horiot fait partie des quelques auteurs à ne surtout pas manquer si vous vous intéressez à la plume des autistes.

 

Stella, membre de l’AFFA

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3 commentaires sur “Invitation à lire Hugo Horiot

  • titoulematou

    « L’empereur c’est moi » a été ma première lecture sur l’autisme. j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur en dédicace … Il était bluffant.
    Je n’ai pas cessé mes recherches sur ce thème depuis, et je travaille depuis auprès de jeunes en situation de handicap, dont certains ont des troubles du spectre autistique