Orangez le Monde : TOUS UNiS contre la sur-exposition des femmes autistes aux violences – ONU Femmes   Mise à jour récente !


À l’occasion de la Journée Internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des 16 jours d’activisme #OrangeDay “TOUS UNiS” organisé par UN WOMEN, Marie Rabatel Présidente de l’Association Francophone de Femmes Autistes réaffirme qu’il est urgent d’ouvrir les yeux sur une réalité encore largement méconnue et pourtant accablante : les filles et femmes autistes sont, aujourd’hui, parmi les personnes les plus exposées aux violences sexuelles.


Loin d’être anecdotique ou marginale, il est crucial de rappeler qu’il s’agit d’un enjeu de santé publique majeur, systématiquement sous-estimé et insuffisamment traité. 

On vous explique les mécanismes de la sur-exposition des femmes TSA aux violences.


Constat général

Les filles et femmes autistes sont exposées à un risque de victimisation sexuelle considérablement plus élevé que la population féminine générale. Cette sur-exposition est documentée dans plusieurs études internationales, montrant que les violences sexuelles représentent une problématique de santé publique majeure, encore sous-estimée dans le champ de l’autisme et de la protection des enfants, des adolescentes et des femmes.


Données épidémiologiques clés

Une étude française publiée en 2022 dans Frontiers in Behavioral Neuroscience a révélé que 88 % des femmes autistes ont subi au moins une forme de violence sexuelle dont un ou plusieurs viols pour 51% d’entre elles. Aussi, ces violences ont lieu pour la moitié d’entre elles, avant l’âge de 14 ans. 

Ces données illustrent une exposition très précoce et répétée, confirmée par d’autres travaux : Brown-Lavoie et al. (2014) ont observé des taux supérieurs à 90 % chez les personnes autistes, tandis que Weiss & Fardella (2018) et Gibbs et al. (2022) rapportent également des niveaux de victimisation 3 à 5 fois supérieurs à ceux de la population générale.


Facteurs de vulnérabilité spécifiques


1. Difficultés de communication sociale

Les caractéristiques de l’autisme dans la communication sociale incluent :

  • une compréhension littérale du langage
  • une interprétation limitée de l’implicite
  • une lecture atypique des signaux non verbaux qui compromettent la reconnaissance des intentions hostiles ou ambiguës.

Cette altération du décodage social expose les filles et femmes autistes à un risque accru d’entrer dans des situations abusives sans en percevoir immédiatement la nature coercitive.

Les auteurs de violences exploitent ces difficultés cognitives et communicationnelles pour instaurer un climat de confiance, de dépendance ou de confusion autour du consentement.


2. Masquage (camouflage) et diagnostic tardif

De nombreuses filles et femmes autistes développent très tôt des stratégies de masquage (ou camouflage), consistant à imiter les comportements sociaux attendus tels que contact visuel, expressions faciales, intonation de la voix, réactions émotionnelles, afin de s’intégrer ou d’éviter la stigmatisation.

Si ces stratégies permettent parfois de passer inaperçues dans l’enfance ou l’adolescence, elles entraînent souvent un diagnostic tardif, voire une absence de reconnaissance du trouble du spectre de l’autisme. Ce retard prive les personnes concernées d’un accès précoce aux soutiens éducatifs et psychologiques adaptés, notamment à une éducation sexuelle explicite et à des outils de protection contre les abus.

Le masquage a également un coût psychologique élevé : il induit fatigue, anxiété et isolement. De plus, en donnant l’illusion d’une compétence sociale « normale », il peut masquer les signes de détresse ou de victimisation, rendant les violences plus difficiles à détecter par les proches et les professionnels.

Ainsi, le camouflage contribue indirectement à la vulnérabilité des femmes autistes, à la fois par la non-reconnaissance de leurs besoins et par la surcharge émotionnelle liée à cette adaptation permanente.


3. Isolement social dépendance relationnelle et vulnérabilité relationnelle

L’isolement social, la faible estime de soi et la quête d’appartenance (particulièrement marqués durant l’adolescence), constituent des facteurs majeurs de vulnérabilité chez les filles autistes. Ces adolescentes, souvent en marge des groupes sociaux, peuvent rechercher intensément l’approbation ou l’affection, ce qui les expose à des relations déséquilibrées ou abusives.

Des études qualitatives montrent que cette dynamique est fréquemment exploitée par des personnes malveillantes à travers des stratégies, comme on le retrouve dans le ‘grooming‘ (qui est une forme de manipulation affective et progressive visant à instaurer la confiance à des fins sexuelles) ou d’abus de confiance.

Cette vulnérabilité est renforcée par la difficulté à identifier les signaux de manipulation émotionnelle, la naïveté sociale et le manque d’expériences relationnelles sécurisantes. L’ensemble crée un terrain propice à l’exploitation sexuelle ou psychologique, souvent sous couvert de relations amicales ou amoureuses. L’isolement, la faible estime de soi et la quête d’appartenance augmentent la probabilité d’être manipulée ou exploitée dans des relations déséquilibrées. Des études qualitatives décrivent une exposition accrue au grooming et aux abus de confiance.


4. Manque d’éducation sexuelle adaptée

Lorsque ceux-ci sont proposés aux élèves, les programmes classiques d’EVARS sont souvent trop abstraits. Les personnes autistes reçoivent rarement des enseignements explicites sur les notions de consentement, de limites corporelles et de signaux de danger, créant un vide éducatif majeur, limitant les capacités à se protéger contre des prédateurs éventuels. 


5. Réactions sensorielles et émotionnelles atypiques

Les particularités sensorielles et émotionnelles fréquentes chez les personnes autistes, qu’il s’agisse d’hypersensibilité ou d’hyposensibilité, peuvent modifier la manière dont elles perçoivent, vivent et expriment une agression. Ces réactions, parfois atypiques (absence de cri, immobilité, rires nerveux, retrait soudain), sont souvent mal interprétées par les professionnels, qui peuvent ne pas y reconnaître des signes de traumatisme.

Cela entraîne un retard dans la reconnaissance de la violence subie et complique le recueil du témoignage, notamment dans les contextes médicaux, judiciaires ou éducatifs.


6. Comorbidités psychiatriques suite aux violences sexuelles 

Les femmes autistes présentent des taux particulièrement élevés d’anxiété, de dépression et de troubles du stress post-traumatique (PTSD), souvent à la suite d’expériences de violence sexuelle.

Ces comorbidités psychiatriques amplifient les conséquences psychologiques du traumatisme :

  • culpabilité,
  • honte,
  • isolement social,
  • troubles du sommeil
  • troubles du comportement alimentaire ou troubles de l’oralité,
  • pensées suicidaires.

Le cumul des facteurs traumatiques et des particularités neurodéveloppementales crée une charge psychique intense, souvent sous-diagnostiquée, car les symptômes (mutisme sélectif, comportements répétitifs, retrait social) sont parfois attribués à tort à l’autisme lui-même plutôt qu’à une détresse post-traumatique.

Ce biais de diagnostic retarde l’accès à un traitement approprié, favorise la ré-exposition à de nouvelles violences et perpétue un cercle vicieux de souffrance psychique et de marginalisation.


7. Barrières institutionnelles et stéréotypes

Les femmes autistes victimes de violences sexuelles rencontrent de nombreuses barrières institutionnelles qui compliquent la reconnaissance et la prise en charge de leur traumatisme.

Le manque de formation des professionnels (santé, éducation, justice) sur les spécificités de l’autisme féminin conduit souvent à une mésinterprétation des comportements et à un sous-signalement des violences.

Parallèlement, les stéréotypes liés au genre et à l’autisme, par exemple l’idée que les femmes autistes sont toujours naïves et peu crédibles, ou que leurs réactions émotionnelles sont « typiques » de l’autisme, favorisent la minimisation ou l’invisibilisation des violences sexuelles.

Ainsi, les conséquences psychotraumatiques sont fréquemment attribuées à l’autisme lui-même plutôt qu’aux violences subies, retardant l’accès aux soins adaptés et renforçant le cercle de vulnérabilité et d’isolement.


Conséquences cliniques et sociales

Les violences sexuelles subies par les femmes autistes entraînent des séquelles psychologiques majeures, incluant :

  • le trouble de stress post-traumatique (PTSD),
  • la dissociation,
  • les idées suicidaires,
  • les troubles anxiodépressifs chroniques.

Ces impacts s’accompagnent de conséquences sociales importantes :

  • perte de confiance en soi et en autrui,
  • isolement relationnel et marginalisation,
  • vulnérabilité accrue à la revictimisation.

Les trajectoires de ces femmes mettent en évidence un cercle vicieux, dans lequel le traumatisme, le manque de reconnaissance des violences et l’insuffisance de soutien institutionnel se renforcent mutuellement, empêchant souvent la “résilience” et la reconstruction psychologique.


Conclusion

Les données disponibles dessinent une situation alarmante : près de neuf femmes autistes sur dix rapportent avoir été victimes de violences sexuelles, souvent dès l’enfance.

Ces violences s’inscrivent dans un continuum de vulnérabilité (social, éducatif et institutionnel) aggravé par le manque d’adaptation des systèmes de santé et de justice aux besoins spécifiques des filles et femmes autistes.

La protection et la prévention requièrent une révision profonde des pratiques :

  • éducation sexuelle adaptée,
  • sensibilisation et formation des professionnel·les,
  • mise en place de dispositifs d’accompagnement inclusifs et sécurisés.

Ces mesures doivent être intersectionnelles afin de réduire la vulnérabilité, favoriser la reconnaissance des violences et soutenir la reconstruction des femmes autistes victimes de traumatismes sexuels.


Bibliographie

Ci-dessous, vous retrouverez les sources en détails.


Données épidémiologiques clés

• Cazalis, N., et al. (2022). Sexual victimization in women with autism spectrum disorder: prevalence, characteristics, and vulnerability factors. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 16, 970571.

• Brown-Lavoie, S. M., Viecili, M. A., & Weiss, J. A. (2014). Sexual knowledge and victimization in adults with autism spectrum disorders. Journal of Autism and Developmental Disorders, 44(9), 2185–2196.

• Weiss, J. A., & Fardella, M. A. (2018). Victimization and perpetration experiences of adults with autism. Journal of Autism and Developmental Disorders, 48, 3187–3200.

• Gibbs, V., et al. (2022). The experiences of autistic women and girls: a systematic review. Advances in Autism, 8(3), 216–232.

• WHO (2021). Global report on violence against women.
Masquage (camouflage) et diagnostic tardifBargiela, S., Steward, R., & Mandy, W. (2016). The Experiences of Late-Diagnosed Women with Autism Spectrum Conditions. Journal of Autism and Developmental Disorders, 46(10), 3281–3294.

• Hull, L., et al. (2017). ‘Putting on my best normal’: Social camouflaging in adults with autism spectrum conditions. Journal of Autism and Developmental Disorders, 47(8), 2519–2534.

• Cage, E., Di Monaco, J., & Newell, V. (2018). Experiences of autism acceptance and mental health in autistic adults. Journal of Autism and Developmental Disorders, 48(2), 473–484.


Isolement social, dépendance relationnelle et vulnérabilité relationnelle

• Bargiela, S., Steward, R., & Mandy, W. (2016). The Experiences of Late-Diagnosed Women with Autism Spectrum Conditions: An Investigation of the Female Autism Phenotype. Journal of Autism and Developmental Disorders, 46(10), 3281–3294.46(10), 3281–3294.

→ Étude qualitative majeure décrivant comment l’isolement social et la quête d’acceptation exposent les adolescentes autistes à la manipulation affective et à des relations abusives.

• Roberts, A. L., Koenen, K. C., Lyall, K., Robinson, E. B., & Weisskopf, M. G. (2015). Association of autistic traits in adulthood with childhood abuse, interpersonal victimization, and posttraumatic stress. Child Abuse & Neglect, 45, 135–142.

→ Montre le lien entre traits autistiques, victimisation interpersonnelle et antécédents d’abus.

• Sullivan, A., & Cater, Å. (2019). Victimization of individuals with autism spectrum disorder: A review of prevalence and risk factors. Research in Autism Spectrum Disorders, 64, 49–62.

→ Revue systématique identifiant l’isolement social et la naïveté relationnelle comme facteurs centraux de victimisation.

• Cazalis, N., et al. (2022). Sexual victimization in women with autism spectrum disorder. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 16, 970571.

→ Données françaises confirmant une exposition accrue aux violences sexuelles, souvent dans un contexte de dépendance affective et de manque de soutien social.


Réactions sensorielles et émotionnelles atypiques

• Cazalis, N., et al. (2022). Sexual victimization in women with autism spectrum disorder: prevalence, characteristics, and vulnerability factors. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 16, 970571.

→ Décrit comment les particularités sensorielles et émotionnelles peuvent masquer les signes de traumatisme.

• Kerns, C. M., et al. (2015). Examining the association between autism and posttraumatic stress disorder: A systematic review. Journal of Autism and Developmental Disorders, 45(11), 3616–3633.

→ Montre que les réactions au trauma sont souvent atypiques chez les personnes autistes, entraînant un sous-diagnostic du PTSD.

• Milton, D. (2017). A mismatch of salience: Explorations of the nature of autism from theory to practice. Pavilion Publishing.

→ Décrit les décalages sensoriels et leur impact sur la perception des événements stressants ou douloureux.

• Rodgers, J., et al. (2020). Understanding anxiety and sensory over-responsivity in autism: A cross-sectional and longitudinal study. Autism Research, 13(7), 1196–1208.

→ Montre le lien entre hypersensibilité sensorielle, régulation émotionnelle et réaction aux situations perçues comme menaçantes.


Comorbidités psychiatriques suite aux violences sexuelles 

• Kerns, C. M., et al. (2015). Examining the association between autism and posttraumatic stress disorder: A systematic review. Journal of Autism and Developmental Disorders, 45(11), 3616–3633.

→ Revue systématique montrant une forte co-occurrence du PTSD et de l’autisme, souvent liée à des expériences de violence.

• Cazalis, N., et al. (2022). Sexual victimization in women with autism spectrum disorder. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 16, 970571.

→ Étude française mettant en évidence l’impact psychiatrique majeur des violences sexuelles chez les femmes autistes.

• Haruvi-Lamdan, N., Horesh, D., & Golan, O. (2018). PTSD and autism spectrum disorder: Co-occurrence and shared risk factors. World Journal of Psychiatry, 8(3), 94–102.

→ Analyse des facteurs communs entre autisme et traumatisme, dont la sensibilité émotionnelle et le stress social.

• Rumball, F., Happé, F., & Grey, N. (2020). Experience of trauma and PTSD symptoms in autistic adults: Risk of misdiagnosis and missed diagnosis. Autism, 24(7), 1771–1781.

→ Montre comment le PTSD est souvent non reconnu chez les personnes autistes, retardant les soins adaptés.


Barrières institutionnelles et stéréotypes

• Bargiela, S., Steward, R., & Mandy, W. (2016). The Experiences of Late-Diagnosed Women with Autism Spectrum Conditions: An Investigation of the Female Autism Phenotype. Journal of Autism and Developmental Disorders, 46(10), 3281–3294.

→ Témoignages sur le sous-signalement et la non-reconnaissance des traumatismes chez les femmes autistes.

• Cazalis, N., et al. (2022). Sexual victimization in women with autism spectrum disorder. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 16, 970571.

→ Met en évidence l’invisibilisation des violences par les professionnels de santé et le système judiciaire.

• Rumball, F., Happé, F., & Grey, N. (2020). Experience of trauma and PTSD symptoms in autistic adults: Risk of misdiagnosis and missed diagnosis. Autism, 24(7), 1771–1781.

→ Analyse des biais institutionnels qui conduisent à l’attribution des symptômes traumatiques au profil autistique.

• Milton, D. (2012). On the ontological status of autism: The ‘double empathy problem’. Disability & Society, 27(6), 883–887.

→ Théorie du « double empathy problem » expliquant la difficulté des professionnels à comprendre la détresse des personnes autistes.


Conséquences cliniques et sociales

• Cazalis, N., et al. (2022). Sexual victimization in women with autism spectrum disorder. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 16, 970571.

→ Décrit les séquelles psychologiques et sociales des violences sexuelles chez les femmes autistes, incluant PTSD, anxiété, dépression et isolement.

• Rumball, F., Happé, F., & Grey, N. (2020). Experience of trauma and PTSD symptoms in autistic adults: Risk of misdiagnosis and missed diagnosis. Autism, 24(7), 1771–1781.

→ Montre comment le manque de reconnaissance institutionnelle amplifie les conséquences traumatiques et le risque de revictimisation.

• Bargiela, S., Steward, R., & Mandy, W. (2016). The Experiences of Late-Diagnosed Women with Autism Spectrum Conditions. Journal of Autism and Developmental Disorders, 46(10), 3281–3294.

→ Témoignages soulignant l’impact psychologique et social des violences non reconnues, y compris le retrait social et la perte de confiance.

• Kerns, C. M., et al. (2015). Examining the association between autism and posttraumatic stress disorder: A systematic review. Journal of Autism and Developmental Disorders, 45(11), 3616–3633.

→ Revue systématique confirmant l’incidence élevée du PTSD et des troubles anxiodépressifs chez les femmes autistes victimes de traumatisme.

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