Quand les violences conjugales se cumulent au handicap, le témoignage d’Hélène


Hélène, membre de l’AFFA, partage un témoignage intime et bouleversant sur les violences subies au cours de sa vie. Un grand merci à elle.
Les violences conjugales ont aggravé mon handicap.
Je pense que si je me suis perdue dans un homme violent, c’est parce que je n’ai évidemment pas su décoder en lui les signes de la manipulation, que j’avais soif d’amour, issue d’une famille dysfonctionnelle qui a fait de moi une proie facile et malléable.
Mon père, qui pour ma part était violent mais répondant aux manipulations et exigences de ma mère toxique était un homme faible. Il a, selon moi, beaucoup de caractéristiques de l’autisme ; tout comme moi, mutique, rigide, et solitaire… Il aspirait à la paix et ma mère, pour ainsi dire, maniait le bâton pour nous battre à travers lui.
Je suis tombée « par hasard » dans le même schéma : j’ai cherché l’amour et je suis tombée dans les bras d’un homme aussi violent que mon père. Mes troubles de l’humeur et l’autisme non diagnostiqués se sont amplifiés au contact de cet ex mari.
Au fur et à mesure des années, je suis tombée dans l’anorexie, je me suis automutilée de plus en plus, et c’est là que j’ai commencé à me couper. Je ne compte plus non plus le nombres de médicaments ingurgités, les abus, mes difficultés à interagir avec mon travail… Mon travail a été ma soupape, ma famille : ce lieu qui m’a permis de garder la tête hors de l’eau, car même si j’ai compris la difficulté pour moi d’interagir, même si j’ai mis plus de temps que les autres à m’intégrer et qu’il m’a fallu un collègue-ami pour me tenir la main pour me faire entrer dans l’arène, c’est ce lieu qui m’a sauvé pendant que je subissais les violences chez moi.
C’est un collègue qui m’a ouvert les yeux, un jour où il a été tendre avec moi et que je ne comprenais pas le décalage entre sa tendresse et l’agressivité de mon mari, sa douceur par rapport à la violence de mon mari. J’avais toujours vécu dans la violence, l’inceste, les coups, les viols, depuis toute petite. Comment pouvait-il en être autrement ?

Photo by Marco Bianchetti on Unsplash

Même si ce travail fut l’une de mes meilleurs expériences professionnelles, je suis incapable de travailler à l’heure actuelle. Je n’ai jamais vraiment réussi à m’intégrer et je n’ai fait que m’enfoncer un peu plus chaque jour dans l’épuisement, la dépression. Ce fut le seul lien vers la liberté, à m’avoir tiré vers le soleil quand j’étais dans les ténèbres, à m’avoir ouvert les yeux.
Un soir, il a essayé de me tuer, il a voulu me tuer. Il y a eu nombres de menaces de mort, il y a eu des viols, des étranglements, il a voulu me tuer, tuer mon père et toux ceux qui pour lui, étaient responsables de ce qui me séparait de lui. J’étais sa chose, sa possession, jusqu’à la mort.
Pendant longtemps, j’ai vécu dans la peur de ce couteau qu’il m’enfoncerait dans la gorge, dans le ventre, la peur de le croiser dans la rue en allant au travail. J’ai dû me faire accompagner chaque jour d’un collègue jusqu’à la gare. Puis quand j’ai fini mon travail, quand j’ai rencontré le père de mes enfants, pendant longtemps, j’ai eu peur que lui aussi il change, qu’il me frappe, je sursautais ou me faisais des films d’horreur au moindre grognement. Mon mari actuel est quelqu’un qui grogne, râle, mais ne fait que râler, et ne fait de mal à personne. Pendant des années je me suis terrée comme une petite pauvre gamine au moindre grognement. J’ai toujours eu peur.
Pendant longtemps, je n’ai eu de cesse de faire plaisir aux autres pour qu’ils m’aiment, pour ne pas leur déplaire, les satisfaire, sans cesse, pour ne pas recevoir leurs coups, pour ne pas qu’ils m’abandonnent.
J’ai mis plus de 40 ans avant d’apprendre à m’aimer, à comprendre que si je ne veux pas qu’on me brutalise, qu’on m’abandonne il faut d’abord apprendre à s’aimer et à se respecter. J’ai arrêté de me détester, de me scarifier, je ne suis plus anorexique, j’ai appris à m’accepter. Mon mari actuel m’a toujours aimé tel que j’étais. Cela fait bientôt 20 ans qu’on est ensemble et cela ne fait seulement que quelques mois que j’ai compris cela. M’aimer, soigner mes blessures. Pour que les autres nous respectent, il faut déjà apprendre à se respecter soi-même.
Le diagnostic d’autisme m’a aidée à m’accepter, à affirmer ma différence, à dire aux autres que je m’en fous de ce qu’ils pensent, que je suis très bien comme je suis, que si je n’aime pas porter des bijoux ou des trucs féminins, ou des soutiens gorges, tant pis. Si je n’aime pas être en jupe et préfère garder mes poils tant pis ! Parce que je déteste qu’on me dise ce que je dois faire, parce que je déteste les collants, je déteste la sensation d’être nue, je déteste les bijoux, le sentiment d’être enfermée dans un corps qui n’est pas le mien, je veux être libre… Je déteste les soutiens-gorge qui font mal et grattent.
Voilà ce qu’a apporté le diagnostic : comprendre qui j’étais, arrêter de me soumettre aux hommes, de me prendre des gifles parce que j’ai rien dit, parce que j’ai mal fait, parce que je n’ai pas osé m’affirmer… Et comprendre pourquoi je suis restée au lieu de partir.
Être autiste, bipolaire ou différente pour moi, c’est un atout. C’est être moi et ne pas être un mouton, je m’aime comme je suis, même si par le passé, les gens ont fait de moi ce qu’ils ont voulu parce que je ne savais pas qui j’étais et que je ne savais pas dire non.
40 ans pour comprendre tout cela. Il aura fallu passer par tant d’horreurs : l’inceste, les coups, la violence conjugale et tant d’autres…

Pour aller plus loin sur le sujet, voici un article paru le 8 juillet 2022 sur le site handicap.fr intitulé « Ces femmes handicapées suite à des violences conjugales« .
Et retrouvez également de nombreux outils de prévention des violences dans notre boîte à outils, régulièrement mise à jour.
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