Le parcours professionnel d’Andrée, femme autiste : « Il va falloir prendre sur vous ! »


Andrée, 33 ans, vit au Canada : elle a reçu il y a 5 mois le diagnostic de syndrome d'Asperger.
Elle a une une Mise à Niveau en Arts Appliqués (classe MANAA), a effectué 2 ans et demi aux Beaux-Arts, possède un DEUG d’Arts Plastiques, une licence et un master 1 Métiers des Arts de la Culture.

Parcours professionnel

Je suis diplômée depuis 8 ans, et en 8 ans, je n'ai jamais été employée à hauteur de mes compétences.
Lors de mon stage de master 1 durant lequel j’ai été la personne de référence, je travaillais de 40 à 60 h/semaine. La directrice du théâtre avait été absolument infecte avec moi, mais je m’entendais parfaitement bien avec les personnes de la technique.
J'ai eu mon premier travail en remplacement en bibliothèque, plus de 6 mois après le diplôme, sur une durée de 3 mois : cela m'a beaucoup plu.

Puis, après quelques mois sans travailler, j'ai trouvé mon premier « vrai poste » dans un réseau de bibliothèque, qui s'est avéré être une arnaque : on m’avait embauchée au SMIC comme chargée d’expo, et en réalité on m’a en fait faire du bureau d’accueil et de l’équipement pendant plus de 6 mois, juste le temps pour moi de m’embrouiller avec la personnes malsaine et de me faire prendre en grippe par une partie des femmes du service (je ne sais pas me taire). J'ai fait un burn-out au bout de 8 mois et j’ai refusé de re-signer pour une autre année.
J'ai ensuite été agent d’accueil/médiatrice dans une salle pluridisciplinaire parisienne, à temps partiel et horaires flexible, mais j'ai fait de la somatisation : j'ai eu le dos bloqué au bout de quelques mois. J'ai quand même fini la saison avec eux, sans re-signer pour une autre.
Après un an de chômage,  j'ai trouvé un autre poste en bibliothèque. Je me suis bien adaptée, puis les choses ont dérapé : je me suis faite agresser par un collègue sans soutien de la hiérarchie. J’ai accepté quand même de signer pour une autre année, tout en essayant de passer mon concours de bibliothécaire (où je suis j’arrivée jusqu’à l’oral en n’ayant rien préparé ou presque !). Puis j'ai fait une dépression et j'ai fini par craquer : je me suis mise en arrêt maladie et ne suis pas revenue.

Je suis ensuite partie vivre au Canada, à la base pour suivre mon mari.
Arrivée là-bas, pour ne pas tomber dans l’inaction j'ai fait du volontariat, un, deux, puis trois jours par semaine.

Au bout de 7 mois, on m'a proposé un travail, celui que j’occupe actuellement : éducatrice/médiatrice bilingue en biologie marine et en protection de l’environnement pour un programme mobile, à bord d’un camion que je conduis, avec des animaux, que je sais soigner. J'ai découvert alors que je sais enseigner aux enfants et  que j’aime cela, surtout quand il s’agit d’un message auquel je crois.

Malheureusement, au bout de quelques mois, j'ai fait de nouveau de la somatisation (estomac, dos), eu des problèmes  d'anxiété (insomnie) engendrant beaucoup de fatigue s'accumulant.

Je suis en arrêt maladie depuis 3 semaines et je crois que je ne reviendrai pas puisqu'ils refusent d'aménager mon poste (pour des histoires de visa de travail), la situation étant très compliquée actuellement.

 

Principales difficultés rencontrées en lien avec l'autisme

Cinq mois  après le diagnostic, je suis encore en train de le digérer.
J'ai une accumulation de la fatigue parce que je ne sais pas forcément reconnaître quand je suis épuisée : en 8 ans de travail, j’ai déjà fait un burn-out et deux autres débuts de burn-out ; j'ai toujours fini en arrêt maladie pour « anxiété » ou « dépression ». Je n’ai à ce jour jamais gardé de poste plus d’un an et demi (en comptant l’arrêt maladie).

Mais surtout, j'ai des problèmes de communication : je n’arrive pas à m’exprimer « comme je le devrais » en situation de crise et je m’enfonce parce que je manque déjà de ressources avant d’essayer de négocier des changements. Je m’accommode aussi très mal des compromis et des « petits mensonges » que font les gens pour résister aux soucis quotidiens. Je ne sais pas pardonner ce qui constitue des trahisons à mes yeux parce que je n’oublie rien.

Et puis… je ne sais pas travailler et avoir une vie à côté. Ne travaillant pas vraiment dans le domaine de mes intérêts spécifiques, j’ai besoin de faire des choses à côté, mais travailler puise toute mon énergie, et je dépéris. Je n’ai pas encore trouvé d’équilibre, mais j’apprends à respecter mes limites.
Je pense essayer de reprendre des études, soit pour finir mon diplôme de plasticienne (dessin, céramique, photo), soit partir plus vers la sociologie et les études culturelles (oppressions systémiques liées au genre, à l’ethnie et au handicap, pas toujours visible) ou carrément les sciences. Je rêve aussi d’écrire.

À suivre

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